Affichage des articles dont le libellé est Homelie du Dimanche. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Homelie du Dimanche. Afficher tous les articles
Le Pain de la Parole
"Nous sommes à Jérusalem, précisément dans l'enceinte du Temple. Jésus y est arrivé dès l'aurore. Entouré bientôt d'une foule considérable, il s'assied et se met à l'enseigner. Des scribes et des pharisiens lui amènent alors une femme coupable d'adultère et, la plaçant bien en vue, ils lui disent : "Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or Moïse nous a prescrit dans la Loi de lapider les femmes de cette espèce. Et toi, qu'en dis-tu ?" Ils disaient cela pour lui tendre un piège, afin de pouvoir l'accuser.
Le piège paraît magistralement construit, car il n'admet que le oui ou le non. Le "oui" pourrait entraîner l'exécution sommaire de la femme qu'il a devant lui. Le "non" signifierait qu'il s'insurge contre la Loi. Que faire ? En réalité, il y a un troisième terme qui offre une issue : c'est précisément qu'il s'agit d'un piège que Jésus reconnaît aussitôt. Ils ne se soucient, dans le cas présent, ni de la vertu d'une femme, ni de la Loi de Moise. Nous sommes alors en présence d’un simple prétexte. Ils ne pensent qu'à perdre Jésus, en le plaçant devant une alternative qui ne lui laisse pratiquement aucun choix valable. L’intention est bien machiavélique. Il y a pourtant cette femme à sauver, qui n'est pour eux qu'un prétexte et dont le sort leur est indifférent. Jésus est assurément décidé à la protéger contre leur zèle hypocrite, à la soustraire au supplice qu'ils pourraient lui infliger; mais il veut aussi tenter de les sauver du mal qui est en eux, de cette fausse justice dont ils se targuent, de cet orgueil qui les aveugle.
Il évite d'abord de les affronter. Il se tait et, se baissant, il se met à écrire sur la terre.
On peut oser suggèrer à ce propos que le Seigneur rappelle par là la centralité de la Loi dont il est Lui-même la Source devant la lâcheté des accusateurs qui se servent de cette femme en vue de le perdre, déshonorant celle-ci par cette impitoyable exhibition. Jésus était assurément capable de cette double compassion, et parmi tous les sentiments qui l'animaient en l'occurrence, on peut admettre qu'il ait éprouvé celui-là.
Quoi qu'il en soit, le temps passe et ses adversaires, bien décidés à ne pas le laisser échapper, insistent pour avoir une réponse. Ce ne sera ni oui ni non, mais ce formidable coup de sonde dans leur plus secrète intimité. Jésus se redresse et leur dit : "Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre." Et, se baissant de nouveau, il se remet à écrire sur la terre pour les laisser peut-être, cette fois, seuls face à eux-mêmes, à leur conscience et rappeler qu’il est à l’origine et au terme de toutes Loi.
Et voilà qu'ils se dispersent à la voix de leur propre conscience, ils se retirent un à un, à commencer par les plus vieux. On ne peut imaginer une victoire plus complète et plus silencieuse, plus généreuse aussi et plus fraternelle, puisque les vaincus sont tels, parce qu'ils sont vainqueurs d'eux-mêmes.
Ils sont donc sauvés comme Jésus le voulait, mais la femme l'est aussi. Sauvée deux fois, puisqu'elle est libérée du supplice auquel la Loi la condamnait et de la faute qui l'exposait à cette sanction.
Il est impossible, en effet, qu'elle n'ait pas été ébranlée au plus intime d'elle-même depuis le moment où elle a été traînée à travers la foule devant Jésus jusqu'à celui où ses bourreaux ont arrêté le jeu. Chaque instant a pesé sur elle de tout le poids de sa vie et de sa honte, en l'attente d'un dénouement qui pouvait être atroce. Elle est restée suspendue au silence du jeune Maître, en s'efforçant d'y trouver un espoir. Elle a reçu, en plein cœur, le choc de la parole qui renvoyait ses accusateurs au tribunal de leur conscience, en réveillant la sienne. Ce n'était pas devant eux qu'elle était coupable, mais devant une instance intérieure à elle-même. Et la voilà confrontée avec ce témoin incorruptible dont la présence, en notre plus secrète solitude, nous empêche de tricher avec nous-mêmes. Une grande lumière se lève en elle à cette déclaration solennelle : « Moi non plus, je ne te condamne pas. ». Le bien ! N'est-ce pas être en accord avec cette mystérieuse innocence qui luit au fond de nous, et dont Jésus vient d'être la voix ?
Quel miracle pourrait mieux l'en convaincre que le départ silencieux de ses persécuteurs ? Car ils ont découvert, eux aussi, cette exigence intérieure où le bien se révèle comme un rapport personnel avec quelqu'un qui habite en nous : et pas comme la simple observance de la Loi au nom de laquelle ils voulaient la tuer. La femme n'en croit pas ses yeux. Ils sont vraiment partis ! Ce monde nouveau, sur le seuil duquel elle se tient, émerveillée, est donc bien réel puisqu'ils n'ont pu résister à la puissance de la vérité qui le régit.
Elle se retrouve seule avec Jésus, qui l'interpelle : Va, désormais, et ne pèche plus."
Comment ne serait-elle pas radicalement purifiée par une telle absolution et protégée pour toujours contre elle-même par cette divine rencontre ? Elle s'en va, merveilleusement comblée, puisqu'elle a découvert, au plus profond de son cœur, comme la Samaritaine, la Source qui jaillit en vie éternelle. Et nous voilà nous-mêmes tout émus, entraînés par le courant d'intériorité où nous saisissons, sur le vif, cet incomparable pouvoir d'identification de Jésus avec les êtres apparemment les moins soucieux de vie spirituelle et qu'exprime si bien ce mot d'un grand exégète : « Il est chez lui à l'intérieur des autres."
Comme à la femme accusée d’adultère, le Seigneur nous redit « son horreur » pour le péché et son grand amour pour le pécheur que nous sommes. Voilà l’une des expressions les plus magnifiques de Sa Miséricorde pour nous ; Laquelle nous rassure, nous restaure dans la Confiance de Dieu et nous guérit de nos blessures intérieures liées au drame du péché.
Que le Seigneur nous prenne en pitié et nous refasse. Amen !
Père Serge AINADOU
Pain de la Parole
HOMELIE DU 4ème DIMANCHE DU CAREME C.
Quel catéchumène ne connait par cœur cette parabole de
l’enfant prodigue ? C’est le cœur même de l’Evangile écrit par saint Luc
qui nous a conservé cette richesse, cette mine inépuisable de méditation !
« Oui, je me lèverai, et j’irai vers mon père… ». C’est la décision à
prendre sans trop tarder : se lever et aller vers le Père… !
Ce père dont l’enfant s’était séparé de manière la plus dramatique qui soit.
Maintenant, après mille échecs, il rentre en lui-même et pensant justement
à la bonté et à la justice du père, il retrouve en soi la lucidité et la force de
se surpasser et même de passer à l’action la plus salvifique : « se
lever ». Il est vrai qu’il était projeté à terre par le péché qui le
traînait du plus bas degré au plus bas degré de la déchéance.
Mais la toute première
chose à souligner dans cette parabole se
trouve dans l’introduction où il est mentionné : En ce
temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour
l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet
homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux » ! Alors
Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils…. ».
Tout se concentre donc sur les deux fils. La beauté de cette parabole ne doit
donc pas nous faire perdre de vue sa raison d’être. Elle met en évidence deux
groupes de croyants : les publicains et les pécheurs d’une part, les
pharisiens et scribes d’autre part. Mais loin de nous faire un reportage
journalistique sur les perversions des uns et des autres, l’évangile nous
prévient plutôt contre les plaies qui pourraient affecter nos propres rapports
avec notre Dieu.
Publicains et pécheurs,
pharisiens et scribes : deux enfants malades de la même peste :
Orgueil et
présomption !
Ici, l’Enfant prodigue,
c’est le groupe des publicains et des pécheurs qui se relèvent finalement du
poids de leurs péchés grâce à la miséricorde du Rédempteur. Un publicanus,
nous le savons, est un homme d’affaire de l’administration romaine qui par
contrat avec l’autorité civile était nommé collecteur des taxes au nom de l’Etat.
Parmi les chefs hiérarchiques des publicains, nous connaissons bien Zachée de nom. Ils sont tos par vocation d’une impopularité générale,
parce que leur fonction qui fait d’eux des collaborateurs actifs de l’occupant
Romain, était universellement mal vue du public. Ils sont donc fréquemment
méprisés et associés aux pécheurs publics, parmi lesquels les prostitués. Jésus
qui est venu, non pour condamner, non pour juger, mais se reconnaissant la face
visible de la miséricorde du Père, leur faisait bon accueil et mangeait
avec eux. Ce qui surprenait et choquait les bien-pensants. D’où leur prétention
de se croire des justes, au point de critiquer l’attitudes de celui qui les
accueillait les pécheurs.
Mais soulignons pourtant
que, si Jésus ne condamnait pas les publicains ni les prostitués, ce n’était
pas une manière d’approuver ce qu’ils faisaient. Non ! Sa mission a été
seulement de leur prouver la miséricorde du Père et les appeler au changement
de vie, à la conversion. Eux, se sentant alors accueillis s'approchaient
tous de lui pour l'écouter.
Tandis que les pharisiens et les scribes, ne voulaient rien avoir de commun
avec le Christ. En effet, à côté des grands prêtres qui formaient l’aristocratie
sacerdotale et des anciens qui formaient l’aristocratie laïque, les scribes,
issus de toutes les couches de la population tenaient une place de prestige et
leur puissance venait de leur savoir. Ils formaient un groupe de censeurs
publics avec les pharisiens qui sont, quant à eux des laïcs pieux qui
avaient la prétention d’être « la communauté sainte d’Israël ». Tous
agissaient justement comme le fils aîné de l’évangile de ce jour. Leur manière d’adorer
Dieu faisait d’eux des ouvriers du temple et non des fils. Ils sont de
plusieurs catégories : pharisiens aux fières épaules, dont la piété est
ostentatoire, pharisiens comptables, calculant les gains et les pertes
provenant des préceptes accomplis et des transgressions commises, pharisiens
gagnant du temps, prétextant d'un devoir religieux qui l'attend pour tarder de
donner à manger à ses ouvriers… etc. Ils restaient tout le temps à critiquer Jésus qui a
prononcé plusieurs paraboles à leur encontre, comme celle que nous méditons.
Une autre commence comme ceci : « En ce temps-là, à l’adresse de
certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres,
Jésus dit la parabole que voici : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L’un était pharisien, et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur
d’impôts). Être convaincu d’être juste et mépriser l’autre... La conclusion
nous renseigne que le publicain, à cause de son humilité est écouté, parce que
justifié par Dieu. Ici dans l’Evangile de ce jour, le frère aîné méprise son
jeune frère : il refuse de participer à la fête organisée à son
retour ; il le traite de : ton fils que voilà.
Misericordes sicut Pater : Miséricordieux comme le Père.
L’attitude du père dans cette parabole rappelle la figure miséricordieuse
du Père de Jésus-Christ. Il ne juge personne, ni l’enfant prodigue ni son
fougueux de frère aîné. C’est ainsi que faisait le Christ lui-même, mangeant
avec les publicains et les pécheurs et ne refusant jamais l’invitation des
pharisiens. En chacun de nous grandissent malheureusement, et l’enfant prodigue
et le frère aîné. Nous sommes pécheurs mais nous jugeons les autres. Juger
l’autre signifie qu’on ne connait pas réellement la valeur de la miséricorde de
Dieu. L’année de la Miséricorde nous demande de faire revivre en nous la belle
figure du Père dont la bonté est victorieuse contre l’offense.
Oui je me lèverai et j’irai vers mon Père. Voilà enfin le cri qui doit devenir nôtre, au fur et à mesure que nous
nous approchons de la Pâques du Christ, fête de notre libération et de notre
entrée en terre promise (cf. 1ère Lecture). Le Père ne se soucie que
de notre retour, de notre conversion. Laissons-nous réconcilier avec
lui comme nous le demande l’Apôtre dans la deuxième lecture : laissez-vous réconcilier avec Dieu.
Père Moïse N. KOUMAKPAÏ
Pain de la Parole
Homélie du troisième dimanche de carême
Par le Père
Serge M. AÏNADOU
Dans l’extrait
de l’évangile de ce troisième dimanche de carême, , Jésus combat, plus qu’une
simple croyance, une mentalité coriace : les catastrophes seraient une punition
divine. Un Dieu croquemitaine serait à l’affût de nos moindres faux pas pour
nous sanctionner durement. Le contraste entre ce « Dieu terroriste »,
créé de toutes pièces par nos propres projections déformées et le Dieu de la
miséricorde, pleinement révélé en la Personne de Jésus-Christ est d’autant plus
bouleversant qu’il s’agit ici d’une péricope lucanienne. Or, d’un point de vue
exégétique, nous savons combien l’évangéliste Saint Luc insiste sur la
dimension de la Miséricorde de Dieu. C’est-dire combien ce type de mentalité
faisant passer Dieu pour un Dieu vengeur à la manière des hommes est répandu au
temps de Jésus, déniant ainsi à l’homme tout sens de liberté responsable, face
même à la triste réalité du péché et de la mort. N’est-ce pas encore la
réaction spontanée de beaucoup quand leur arrive un ennui : « qu’est-ce que
j’ai fait au Bon Dieu? ». Que de fois n’attribuons-nous pas à Dieu une colère
qui provoquerait la mort d’un tel ou d’un tel autre, ou bien encore un tel
autre séisme à travers lequel on tient à lire l’expression d’un courroux divin…
D’un point de vue anthropologique, notre approche étiologique de la maladie en
Afrique, plus particulièrement au Bénin, en contexte de traditions, indique
déjà nettement l’un des facteurs sociologiques potentiels alimentant une telle
mentalité si enracinée en nous : il
n’y a jamais de décès sans une cause occulte ou divine… Et pourtant, le
Dieu que Jésus-Christ nous révèle en Sa Personne, à contrario d’une telle
conception, est ce Dieu essentiellement Amour qui, dans la première lecture,
prend pitié, face à la misère de son Peuple. Il ne s’en réjouit point, mais en
souffre.
Il est donc faux
et même blasphématoire de penser que les cataclysmes qui peuvent se produire soient
des punitions divines. Si nous tombons sur certaines révélations privées
présentant les cataclysmes naturels comme des punitions divines, tournons
tranquillement la page et poursuivons notre chemin. On ne peut lier péché et malheur. Cela n’a rien à voir.
Dans l'Evangile, Jésus commente deux faits divers atroces : le massacre d'un
groupe de Galiléens pendant qu'ils offraient un sacrifice et la mort d'un autre
groupe dans l'effondrement d'une tour, la tour de Siloé. « Pensez-vous
qu'ils étaient plus pécheurs que les autres », sous entendu « pour mériter
un sort si funeste ? » ? Et la réponse est claire. « Et bien, non. »
Mais le plus
souvent, face à la souffrance, ce qui vient plutôt à l'esprit c’est la négation
de Dieu ; s’établit alors la fausse équation : puisque le mal existe,
Dieu n'existe pas. Que dire à ceux qui sont ainsi blessés ou révoltés ?
Leur
proposer d’accueillir la Parole de la liturgie d’aujourd’hui. Voyez plutôt :
Moïse est un assassin fugitif, dont le peuple est maltraité. Et dans un buisson
qui brûle sans se consumer, Dieu se révèle à lui : « Je suis le Dieu
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. J’ai vu la misère de mon peuple, oui je connais
tes souffrances. Je suis descendu pour te délivrer. »
De toute
évidence, le mal reste une énigme et seul Dieu a le pouvoir d’instaurer sa
Justice-Amour par le puissant moyen de la Conversion en réduisant son règne
dévastateur. Le mal peut nous fasciner. Au point de nous plonger dans un flot
impétueux de désespérance. Mais il ne peut jamais avoir le dernier mot, puisqu’il
n’est point de Dieu. Seul l’Amour est et demeurera, par delà, l’expérience du
mal sous toutes ses formes. D’une part, Moïse
ne s'est pas enfermé dans le cercle infernal et stérile d’une vaine justice
trop humaine, vengeant des frères maltraités et tués en Egypte. Dieu n’a point
besoin d’une telle forme de justice terreuse. D’autre part, il ne s’est pas
enfermé dans des explications possibles au malheur qui frappait son peuple. Sa
vie a changé lorsqu'il a détourné son regard de l'Égypte qu'il fuyait pour
s'attacher fermement à l'Invisible qui se manifeste dans le buisson ardent. De
même, notre vie est changée lorsque nous nous détournons du mal sous toutes ses
formes pour suivre résolument la voie de notre Sauveur. On le verra nettement
dans l’évangile de ce dimanche, le Christ n'est pas venu pour expliquer le mal,
nous enfermer dans des catégories de considérations, mais pour lutter contre lui et nous en
libérer.
Et ce projet
de notre libération, l’Apôtre Paul, dans la deuxième lecture, en retrace encore
l'histoire. Dans un langage hautement typologique, cette conquête de notre
libération par la grâce est comparée aux étapes de la vie chrétienne,
préfigurée dans l’Ancienne Alliance et définitivement accomplie dans la
Nouvelle: le baptême est comparé au passage de la mer rouge, l'eucharistie à la
manne, et le rocher qui accompagnait le peuple, devient un symbole du
Christ. Nous sommes ainsi persuadés que nos traversées du désert de l’épreuve
se font dans la confiance au Christ avec cette certitude qu’Il nous y
accompagne.
Jésus enfin
utilise l'image de la vigne et du figuier. Depuis Isaïe, les Juifs avaient
l'habitude d'entendre des histoires où leur pays et leur peuple étaient
comparés à une vigne que Dieu avait plantée pour qu'elle donne le meilleur vin
et qu'il menaçait d’arracher parce qu'elle ne produisait rien. Jésus ajoute à
la parabole traditionnelle un vigneron qui plaide pour la vigne. Signe très
fort de l’expression de la Miséricorde d’un Dieu qui ne se réjouit pas de la
mort du pécheur, mais qu’il se convertisse « Laisse-la encore cette
année, le temps que je bêche. » Le vigneron bien sûr, c'est ce Dieu
Amour qui, plutôt que de menacer, nous
met en garde lorsqu’il déclare : « Si vous ne vous convertissez pas,
vous périrez... ». Non seulement il
plaide pour tous ceux qui sont dans le malheur mais il vient les rejoindre au
cœur de leur mal. La bêche qu'il plante en terre est sa croix. En se donnant
totalement, en s'offrant il reçoit la vie du Père. Et tous ceux qui souffrent
vivent déjà avec lui. Ne serait ce pas cela la conversion à laquelle il nous
invite ? Oser lui faire confiance dans nos épreuves et lutter de toutes
nos forces contre le mal et le péché, voilà ce qu’Il veut de nous.
Qu’il nous
en accorde les grâces et nous soutienne de son Eucharistie ! Amen
Pain du dimanche
Homélie du 2ème Dimanche du Carême Année C.
Entre Tentation et Passion-Résurrection, la
Transfiguration.
Avec l’événement de la Transfiguration du Christ, décrit
point par point par l’évangile de ce Dimanche, nous arrivons à une étape
essentielle de la traversée du Christ vers Jérusalem, traversée traduite en
Italien par : Exodo di Cristo (l’Exode du Christ). Cet événement
que l’Eglise célèbre normalement le 6 Août, c’est-à-dire 40 jours avant la
Croix glorieuse, par respect pour le temps de Carême, est ici contemplé comme
anticipation de la gloire de la Résurrection précédée par la Passion. Il nous
suggère que, le Jésus glorieux, au visage resplendissant que contemplent
Pierre, Jacques et Jean sur le Tabor, sera bientôt défiguré par les souffrances
de sa Passion sur le Golgotha. Ainsi, dans le désert quarésimal où ce temps
fort nous plonge, la Transfiguration se présente comme un oasis qui nous
prépare à suivre le Christ dans son Exode. Evénement d’importance
capitale est donc celui-ci, que nous célébrons aujourd’hui dans l’ascèse du
Carême. Il est advenu justement au moment où le Fils bien-aimé entrait en
dialogue habituel avec son Père. Dialogue qui cette fois-ci, se fait
Révélation-Transfiguration, en présence de trois représentants du nouveau
Peuple de Dieu et des deux grandes figures de la Loi et les Prophètes : Moïse
et Eli, qui parlaient avec le Christ de son départ qui allait s’accomplir à
Jérusalem. Au cours de cet événement qui a eu le sceau de la déclaration du
Père, l’origine divine du Christ est, une fois de plus, affirmée :
« Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! ».
On est donc prévenu : quel que soit le scandale de la Croix, il faut
croire en Jésus, le suivre et l’écouter.
Jésus, modèle de la chrétienté transfigurée.
La profondeur de ce mystère que nous contemplons ici, nous
demande de prendre de l’avance sur le lot quotidien de nos peines effectives et
pourquoi pas de nos joies, pour nous élever à la hauteur d’une foi qui ne soit
pas seulement capable de gravir la montagne de la Transfiguration mais aussi
celle de la crucifixion avec calme et confiance totale en la miséricorde du
Père. Aujourd’hui, le Christ nous appelle à gravir la montagne de la rencontre
avec le Père, dans la prière et à sa suite, pour prendre la mesure, la
température du chemin de notre propre exode dans la foi.
La vraie question qui se pose alors, sera celle-ci :
Comment accomplir notre propre traversée ? La réponse est connue :
le Christ savait se remettre dans les mains du Père. Tout Fils qu’il était,
il apprenait l’obéissance dans la souffrance, dira l’auteur de la Lettre
aux Hébreux. Mais chez l’homme, la peur voudrait qu’on se débarrasse de
la souffrance, qu’on fixe des tentes sur le Tabor afin d’échapper au Golgotha.
Ce qui nous maintient dans notre propre sphère, confinés dans les limites,
dressés sur nos gardes contre l’oubli et l’abandon de soi, dans les mains de
son Dieu. Mais à qui ce Dieu peut-il dire : « Tu es mon Fils, celui
que j’ai choisi » ? A qui ce Père peut-il faire une telle déclaration ?
A celui qui lui fait confiance et s’abandonne entre ses mains ou celui qui
doute de lui ? Ce que nous disons là, est loin d’une une simple littérature,
c’est l’indication de la grâce qui nous fait défaut mais que l’événement de la
Transfiguration nous rappelle et nous demande de désirer et de demander au Père
en cette année de sa sainte Miséricorde. La transfiguration, c’est la guérison
contre la peur de la croix, une croix qu’elle n’anéantirait pas certainement mais
qu’elle transcende par la joie qu’elle nous apporte de nous faire savoir qu’il
y a possibilité de ressusciter comme le Christ et avec le Christ, si nous
savons faire confiance au Père comme lui. La gloire vient donc par la croix qui
engloutit, à son tour, la mort.
Etre témoin de la Transfiguration
L’importance de cet événement se démontre dans la vie des
trois Apôtres témoins. Cela vient du
fait qu’ils ont accédé à la réalité de la divinité du Christ en se laissant
eux-mêmes transformer par ce qu’ils ont vécu au Tabor, ce qu’ils y ont vu et ce
qu’ils y ont entendu. Pierre et ses compagnons étaient accablés de
sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les
deux hommes à ses côtés…. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et
les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y
pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre :
« Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi :
écoutez-le ! ».
Ce sommeil dit-on représente l’incapacité humaine de
pénétrer les secrets de la divinité. Mais notons que, c’est aussi le vouloir de
Dieu de faire sortir l’homme de son ignorance, comme la première Lecture nous
apprend qu’il fit avec Abraham en le faisant sortir d’Ur en Chaldée pour se
faire connaître à lui. Ici, dans l’évangile, il fait sortir les trois Apôtres du
sommeil, les couvre de nuée, c’est-à-dire de sa présence et leur ouvre les yeux
de l’esprit sur la personne du Fils. C’est une Transfiguration qui ira jusqu’au
bout, même si certains, comme Pierre devront encore passer par l’épreuve du reniement.
La grâce du Père et sa Miséricorde aura toujours le dessus. C’est cette
Miséricorde qui transfigurera saint Paul, à tour et fera de lui Citoyen du
Ciel. Il nous dit dans la deuxième
Lecture : nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons
comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres
corps à l’image de son corps glorieux, avec la puissance active qui le rend
même capable de tout mettre sous son pouvoir.
En Jésus, serviteur transfiguré dans la gloire, que
l’Esprit achève en nous la Transfiguration de la foi reçue des Apôtres.
Amen !
Père Moïse KOUMAKPAI, Rome
Inscription à :
Articles
(
Atom
)