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De la Lectio Divina à l'oraison mentale ( 15ème et 16 ème parties) la mystique du désert (Suite).

Le désert, de prime abord, n’évoque rien de réjouissant : chaleur, aridité, sècheresse, soif, bêtes sauvages, danger, silence, solitude, peur, etc. Pourtant, on y trouve aussi, en des lieux précis, des pâturages, prairies, sources d’eau (même d’eau chaude), oasis, puits … Pour nous qui sommes chrétiens, ces réalités peuvent nous enseigner de profondes et édifiantes leçons si nous savons y discerner le sens profond à la lumière du retrait de Jésus au désert, nous entraînant ainsi dans quarante jours de combat spirituel contre le péché. Le beau chant ci-contre le dit si bien: "Avec Toi, Seigneur, nous irons au désert, poussé comme Toi par l'Esprit."
 
En vérité, le désert peut s’avérer être un lieu privilégié pour rencontrer notre créateur car notre oreille sera devenue attentive à sa voix, débarrassée de tout bruit extérieur et encombrant, d'autres voix trop tonitruantes. C’est ce que nous dit, par exemple, le prophète Osée : « C’est pourquoi voici, je veux l’attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur. » (Osée 2 :16)

Le désert comme le silence intérieur nous fait peur, parce que c’est un lieu hostile, inconfortable, plus profondément, où nous sommes mis en face de nous-mêmes en toute vérité; mais si nous sommes conduits par Dieu dans le désert du cœur comme le Seigneur, ce dernier peut alors devenir une réelle source de grandes bénédictions spirituelles. Dans le désert nous sommes dépouillés. Il n’y a guère d’occasions de se distraire, et nous nous retrouvons face à nous-mêmes, face à Dieu, même si nous ne sommes pas forcément conscients de cette réalité. Dans le désert nous pouvons mourir, ou alors, crier à Dieu, faisant l'expérience dramatique de notre limite existentielle. 

Si nous voulons marcher avec Dieu, sachons-le : nous connaitrons le désert. Non seulement le désert, mais voire même plusieurs déserts durant notre pèlerinage ici-bas. La sanctification fait partie du programme du Seigneur pour ses enfants, et le désert est un lieu de sanctification. Car, il nous fait prendre conscience de la nécessité de la grâce pour mener à bien le combat du Seigneur. Dans ce désert, nous serons également tentés et éprouvés, comme le fut Jésus lorsqu’il dût affronter le malin, même si c’est dans une moindre mesure. Nous y serons éprouvés par la chaleur de l’épreuve, comme nous le rappelle entre autre, l’apôtre Pierre dans son épître :

« Mes bien-aimés, ne trouvez pas étrange d’être dans la fournaise de l’épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire. » 
(1 Pierre 4 :12)

J’ai entendu dans un reportage, un vigneron dire la chose suivante « Le pied de vigne a besoin d’être dans une terre aride et de souffrir, pour donner une bonne récolte. Plus il souffre, meilleur sera le vin. Lorsque la terre est aride, le cep fait descendre ses racines en profondeur jusqu’à ce qu’il trouve de l’eau ». Sans le réaliser, ce vigneron nous livre une vérité spirituelle très enrichissante.

Le thème de cette étude est trop vaste pour être traité en une seule fois. Je pense même pouvoir affirmer qu’il est inépuisable. Nous allons donc humblement nous en tenir là quitte à l'approfondir dans d'autres publications.

Père Serge M. AÏNADOU

De la Lectio Divina à l'oraison mentale ( 13ème Partie) La mystique du désert ( séries de publications)

Depuis, plusieurs publications, nous parlons du désert comme lieu de rencontre avec Dieu. Nous y revenons encore dans cette nouvelle publication.



Dans l’histoire de l’Église l’évolution du carême s’est faite parallèlement à celle du temps pascal : une période de préparation de cinquante jours, commençant le septième dimanche avant Pâques – dimanche appelé autrefois quinquagésime – et une période de réjouissance de cinquante jours se terminant avec la Pentecôte; le jour même de Pâques se situant au point de rencontre des deux séries de sept semaines. Ce n’est que plus tard que le temps de préparation fut réduit de cinquante à quarante jours en mémoire du séjour de Jésus au désert au début de sa vie publique (cf. Mc 1, 13). Si on fait le total des jours de carême tel qu’on le connait aujourd’hui on arrive à 46 (6 semaines complètes plus les 4 jours à partir du mercredi des cendres). Cette anomalie apparente vient du fait qu’on ne jeûne pas le dimanche, donc les 6 dimanches de Carême ne sont pas comptés dans le total des 40 jours.

L’Esprit le pousse au désert (v. 12)

     L’évangile relatant l'entrée de Jésus au désert comporte deux tableaux bien distincts (vv. 12-13 et vv. 14-15). Le premier fait suite immédiatement au récit du baptême de Jésus (Mc 1, 9-11). L’Esprit qui est descendu sur Jésus le pousse au désert. L’évangéliste ne précise pas de quel désert il s’agit; le désert est le lieu où Israël a vécu une période d’intimité spéciale avec Dieu (cf. Jr 2,2) alors qu’il devait compter uniquement sur sa Providence pour assurer sa survie (cf. Jr 2, 6). L’endroit où Jésus se retire importe peu, ce qui compte c’est l’expérience spirituelle qu’il y connait. Remarquons que Marc ne parle pas de jeûne à l’occasion de cette retraite de Jésus. Évidemment, dans n’importe quel désert du monde, les conditions de vie sont toujours difficiles et l’auteur ne croit pas nécessaire d’ajouter que Jésus jeûnait. Par contre il mentionne la présence des bêtes sauvages. Ce détail a intrigué plusieurs commentateurs. Il est certain que des animaux vivent même dans les déserts les plus arides et les déserts du Proche Orient sont peuplés d’une faune nombreuse et variée. L’évangile ne précise pas quelles étaient les relations de Jésus avec ces animaux. On peut interpréter ce détail comme une allusion à la création restaurée dans l’harmonie aux temps messianiques d’après le texte d’Isaïe (11, 6-8) : le loup habitera avec l’agneau… (cf. aussi Os 2, 20). Par ailleurs les bêtes sauvages peuvent être aussi une image des forces du mal et de tous les dangers qui menacent l’humanité (cf. Is 30, 6). Leur présence peut être la matérialisation de l’action de Satan qui tente Jésus, c’est-à-dire qui le met à l’épreuve. Le désert devient le lieu de confrontation entre le Fils bien-aimé (cf. Mc 1,11) et le Mal qu’il est venu combattre. Le service des anges manifeste que Dieu n’abandonne pas son Fils et qu’il le soutient dans sa lutte.

 Jerôme LONGTIN, prêtre et bibliste

De la Lectio Divina à l'oraison mentale (12ème) La mystique du désert, Séries de publications.

Depuis, plusieurs publications, nous parlons du désert comme lieu de rencontre avec Dieu. Nous y revenons encore dans cette nouvelle publication.


 Le désert est par excellence le lieu de rencontre avec Dieu.  Par la bouche du prophète Osée, il déclare à la génération des années - 750  : «  Ma fiancée, je la guiderai au désert. Là, je la séduirai et je parlerai à son cœur. Je la fiancerai à moi pour toujours dans la tendresse et la miséricorde  » (2, 16). Cette invitation au désert, cette séduction de Dieu pour se fiancer à son peuple, pour renouer l’alliance avec chacun d’entre nous, cette promesse de tendresse et de miséricorde, c’est l'expérience intérieure d'une vie avec le Christ, vécue au coeur des Sacrements.

Les lieux où Dieu aime parler sont symboliquement les montagnes et les déserts. Le mont Moriah où Dieu attend Abraham et son fils, le Carmel où Dieu se révèle à Élie sous la forme d’un nuage qui ressemble à une étoile, le mont des béatitudes. Le désert d’Idumée, le désert qui descend entre Jérusalem et Jéricho et surtout le désert au-delà du Negev, le désert de Parân, le désert de Sin avec sa montagne qui culmine à 2652 mètres, le Sinaï, à la pointe du golfe de Suez et du golfe d’Aqaba. Cette vaste contrée balayée par le vent sec, entre l’Égypte de l’esclavage mais où la nourriture abonde et la Terre promise mais improbable.

Le désert est par excellence le lieu de la solitude. Quand on parle de faire retraite au désert, on signifie qu’on cherche une solitude habitée de la Présence de Dieu dans une retraite spirituelle. Moïse est seul quand Dieu s’adresse à lui au cœur du buisson ardent  : «  Par-delà le désert il parvint à la montagne de Dieu, l’Horeb. Dieu lui apparut dans un feu, au milieu d’un buisson. Il lui dit  : "Je suis le Dieu de tes pères, Je suis celui qui suis. J’ai vu la misère de mon peuple. Je connais ses angoisses. Je vais le libérer"  » (Exode 3). Pour entendre la voix de Dieu, qui ronfle doucement dans le feu ou murmure dans la brise, il ne faut pas être distrait. Il faut être face au divin interlocuteur. Mais la solitude est parfois décapante, surtout pour nous qui sommes habitués aux bruits. L’homme la hait comme la circonstance où il est face à lui-même et face à Dieu. Avec sa concision terrifiante, Blaise Pascal a bien vu le trait de l’homme moderne  : «  Tout le malheur de l’homme vient d’une seule chose, qu’il est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre  » (Pensées, 126).

«  Toi, quand tu pries, retire-toi au fond de la maison, ferme la porte et prie ton Père qui est présent dans le secret.  » Le paradoxe de notre vingt-et-unième siècle est que nous ne goûtons guère la présence de notre prochain, contaminés que nous sommes par l’individualisme contemporain. La solitude, ô qu'écris-je, l'isolement est donc un refuge apprécié (Enfin seul  ! Plus de collègues, plus de voisins, plus d’importuns), mais à condition d’habiter une solitude limitée. La solitude avec le haut débit (Internet), avec le baladeur MP3, avec l’ordinateur (portable) plein de films, avec le réseau (téléphonique). Ce n’est pas dans cette solitude remplie d’accessoires que Dieu nous attend. C’est dans la solitude désarmée, désencombrée, débarrassée des prothèses de l’homme moderne. Là, on vit mieux de la Rencontre personnelle avec Dieu en présence du Saint Sacrement comme dans la méditation silencieuse et quotidienne de la Parole de Dieu.

Père Serge AÏNADOU

De la Lectio divina à l'oraison mentale (11ème Partie)/ La mystique du désert ( Séries de publication)

Chemins de désert

     Et si nous prenions la route du désert? Mais attention! Lieu inhospitalier par excellence, le désert est pourtant un incontournable de l’univers géographique, historique et spirituel de la Bible. Impossible de se déplacer dans les territoires du Proche-Orient ancien (et même encore de nos jours) sans que le désert se trouve sur sa route. Durant l’exode, les Hébreux ont sillonné les déserts du Sinaï, du Neguev et de Juda. Heureusement les oasis et autres points d’eau constituent des haltes nécessaires pour qui veut survivre à une traversée du désert.

La symbolique du désert

     Le désert est un lieu symbolique ambivalent. D’une part, c’est un lieu d’épreuve, de solitude et de sécheresse spirituelle, et le repaire des puissances maléfiques et hostiles à l’être humain. D’autre part, le désert est un lieu de rencontre et d’intimité avec Dieu, un lieu de préparation à une mission. Ces deux valeurs symboliques vont souvent de pair. La rencontre de Dieu est souvent accompagnée d’une mise à l’épreuve. La préparation à une mission est fréquemment accompagnée de la tentation de s’y soustraire ou de la détourner de ses fins.
     Le séjour au désert oblige au détachement, à l’humilité et à la confiance. La traversée du désert fut pour les Hébreux un temps de mise à l’épreuve de leur persévérance et de leur fidélité à marcher dans les voies du Seigneur : Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l'a imposée pour te faire connaître la pauvreté ; il voulait t'éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : est-ce que tu allais garder ses commandements, oui ou non ? Il t'a fait connaître la pauvreté, il t'a fait sentir la faim, et il t'a donné à manger la manne - cette nourriture que ni toi ni tes pères n'aviez connue - pour te faire découvrir que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur (Deutéronome 8, 2-3). Ce chemin ne fut pas parcouru sans murmures et sans tentation de retourner en arrière.
     Au désert l’être humain est confronté à lui-même et se trouve dans l’obligation d’entrer dans les profondeurs de son être, avec tout ce que cela comporte de découvertes tantôt réconfortantes tantôt décevantes. Les récits de séjours au désert nous montrent que la plupart du temps les gens y pénètrent forcés par les circonstances et avec un sentiment d'appréhension. Jésus y sera notamment conduit par l'Esprit. On compare par exemple une période de vie difficile à une traversée du désert, comme un temps d’épreuve, de réorientation de sa vie. Mais rassurons-nous! L'expérience du désert s'avère habituellement féconde. Qu’il soit matériel ou spirituel, ou les deux à la fois, le désert ne peut être traversé qu’en portant une espérance vrillée au cœur : espérance d’une terre accueillante et féconde; espérance de restauration et de conversion; espérance de rencontre de Dieu et de salut.

Le désert et l’expérience spirituelle

     Il n’y a pas d’endroit plus propice que le désert pour susciter la soif de Dieu, ou à l’inverse pour éprouver pour son silence qui est souvent pris pour son absence. L’exode fut pour les Hébreux le temps de leur naissance comme peuple de Dieu, comme peuple témoin aux yeux du monde du projet de libération et de l’alliance que Dieu offrira un jour à toute l’humanité. Ce fut le temps de l’apprivoisement de la liberté, le temps de la croissance dans la foi avec ses moments intenses de communion et ses moments d’infidélité à l’alliance.
     Ne pourrait-on pas comparer l’ensemble de notre vie à un exode, à une longe marche où nous avons à nous maintenir fidèlement dans une relation vivante avec Dieu, à faire entrer en dialogue les divers événements de notre vie avec le dessein de salut que Dieu nous a révélé? Le carême nous est offert comme un temps de désert, d’approfondissement de notre foi et de purification de notre relation avec Dieu.

 Père Yves GUILLEMETTE

De la lectio Divina à l'oraison mentale (10ème Partie)

Je te conduirai au désert!

Osée 2, 16-22 ; Luc 14, 25-33

 Frère Jean-Philippe REVEL




Le prophète Osée a eu une révélation qui venait de Dieu et qui s'est faite en deux temps merveilleux et admirables l'un comme l'autre.


Le premier temps de la révélation faite à Osée c'est dans sa vie privée, intime que cela se déroule. Il a épousé une femme, Gomer, et elle le trahit. Elle le trompe, elle le quitte pour aller vers des amants auxquels elle se livre. Osée est pris d'une violente colère et il veut la répudier. C'est là que se produit le premier événement inouï, il découvre qu'il aime encore sa femme et que s'il elle l'accepte, ils reprendront la vie commune dans la paix et dans la joie. C'est une révélation étonnante dans la vie de ce prophète surtout à l'époque où il vivait, car on n'était pas particulièrement tendre pour les fautes sexuelles et normalement, il aurait dû lapider sa femme, au lieu de cela, il découvre qu'il l'aime encore. C'est la première grande découverte que fait le prophète Osée et il ne s'y attendait pas.


Et voici qu'une deuxième découverte va achever le renversement du cœur d'Osée, il découvre que finalement ce qu'il vit avec Gomer, c'est la même chose que ce que vit le Seigneur Dieu avec son peuple Israël. De même que Osée aime infiniment Gomer malgré ses tromperies, de même Dieu ne cesse jamais d'aimer son peuple malgré toutes les infidélités qui s'accumulent dans toute l'histoire du peuple d'Israël. L'oracle d'Osée est indissociablement liée à son histoire avec Gomer et l'histoire de Dieu avec son peuple.
Les deux événements se mélangent. Si nous regardons le texte, cela saute aux yeux. "Je vais la séduire et conduire au désert et je parlerai à son cœur". Voilà que Osée, ou Dieu, veut séduire cette femme, ce peuple qui l'a trompé. Le séduire et le conduire au désert ce qui est une allusion à l'histoire d'Israël, les quarante ans du désert où c'était l'intimité de Dieu avec son peuple. C'est après seulement que le peuple s'est détourné de son Alliance. "Je la conduirai au désert pour qu'elle y retrouve les sentiments de ses fiançailles".


Vous comprenez aussi pourquoi ce texte a été choisi pour aujourd'hui pour saint Romuald, puisque c'est lui qui a eu l'initiative de retourner avec sa communauté au désert des Camaldoli. "Je lui rendrai ses vignobles, je ferai du Val d'Akor une porte d'espérance (le Val d'Akor c'était le lieu où l'on jetait les cadavres et Osée propose que cela devienne le lieu de l'espérance). Là elle répondra comme au jour de sa jeunesse, comme au jour où elle montait du pays d'Égypte. Il adviendra ce jour-là que tu m'appelleras "mon mari", tu ne m'appelleras plus des noms des Baals".


L'éblouissement final d'Osée manifeste l'amour insondable de Dieu : "Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde, je te fiancerai à moi dans la fidélité et tu connaîtras ton Seigneur". Que notre vie soit aussi illuminée par cet amour inlassable de Dieu qui vient à notre rencontre même quand nous ne sommes pas dignes de cette rencontre et même quand nous avons péché et que nous avons besoin d'être réconciliés.


De la Lectio Divina à l'oraison mentale ( 9eme Partie)

Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur" Osée 2.

 

La dimension nuptiale du désert spirituel 


Les textes bibliques sont pleins d'images et d'évocations  des déserts traversés, habités, lieux de craintes, de tentations, mais aussi de prière et de ressourcement. Abraham, Moïse, tous les grands prophètes de l'Ancien Testament sont des hommes du désert.

C'est dans le silence et la solitude que Dieu leur a parlé, c'est au pays de la soif qu'il a révélé son nom. Jésus lui-même a parcouru sans relâche tous les déserts de Palestine, connaissant à son tour la fatigue, la chaleur et le découragement. Mais découvrant peu à peu sa mission dans la présence aimante de son Père.

Désert psychologique ou spirituel

Ces déserts géographiques, que les pèlerins aiment tant parcourir, ont leurs pendants dans notre vie de chaque jour. Le désert peut aussi être psychologique ou spirituel. Ne parle t-on pas de "traversée du désert" pour évoquer des périodes difficiles, solitaires, pleines d'amertume, mais ouvrant sur un temps nouveau ?

Le désert transforme, mûrit, il peut être à la source d' un nouveau départ. Il peut aussi être propice à une rencontre. Nombreux ceux qui témoignent que cette rencontre est celle de Dieu. Elément que nous développerons par la suite.  Heureuse et sainte Année 2016 à travers cette traversée transitoire du désert.


Source
 
Croire.com

De la Lectio divina à l'oraison mentale (8ème Partie)



Le désert, lieu de la rencontre



Gn 21, 14-20


Le désert1 apparaît bien des fois dans la Bible. Ses symboles sont variés : lieu de l'épreuve2, du refuge3, de la providence divine4, de l'alliance5, il est peut-être d'abord et à travers tout cela le lieu de la Rencontre. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette terre de solitude absolue est expérimentée par le peuple juif comme la terre des deux grandes rencontres, indissolubles : celle que l'on fait avec soi-même et celle que l'on fait avec Dieu.

J'ai été touché en relisant la rencontre d'Agar avec l'ange de Dieu, au chapitre 21 de la Genèse. Dans l'Ecriture, il y a la terre promise et il y a le désert. Il y a Sarah et il y a Agar. On se met toujours du côté de Sarah : c'est elle qui a donné la vie à Isaac et par lui à Israël. C'est elle, dira saint Paul, qui incarne la promesse, la Jérusalem d'en haut6. Mais le Seigneur laisse aussi une place à Agar dans l'histoire qui l'unit au peuple hébreu. Agar, à mon sens, est une bonne guide pour entrer dans le désert, car elle figure ce moment aride qu'a connu Abraham avant de recevoir par Sarah la plénitude de la promesse.

Isaac est né : Agar n'a plus rien à faire auprès d'Abraham et de Sarah. La promesse est réalisée : elle et son fils Ismaël ne peuvent que menacer son accomplissement. Abraham la chasse, avec pour seuls vivres du pain et une outre d'eau. Le désert est toujours un arrachement. Agar a connu l'abondance de la maison d'Abraham, elle va à présent connaître le jeûne. Elle vit son exil, son "Exode". Qui d'entre nous n'a pas connu ce détachement, cette séparation qui est le prélude à toute grande découverte ? Quitter son pays, ses préjugés, le terrain ferme et solide qui nous rassure, notre famille, nos amis peut-être ? Il faut souvent cela, à un moment ou à un autre, pour grandir. Mais qui de nous l'a fait de lui-même ? Agar est chassée par Abraham. Pour vivre cette expérience difficile du désert, il faut bien souvent être poussé, contraint. Le désert, comme les souffrances qui précèdent l'accouchement, rend indispensable la présence de sages-femmes. Ces personnes qui nous aiment vraiment, parce qu'elles ne souhaitent pas nous éviter les difficultés de la vie, nous "rassurer" avec la mièvrerie que revêt souvent l'indifférence, mais qui veulent d'abord nous faire grandir, que ce soit dans l'épreuve ou dans le plaisir. On peut douter des intentions d'Abraham vis-à-vis d'Agar7. Mais ce qui est sûr, c'est que Dieu en a fait bon gré mal gré l'auxiliaire de son dessein. 



Sébastien Fagart



De la Lectio Divina à l'oraison mentale (7ème Partie)




L'étude sur la notion du désert spirituel se poursuit, cette semaine, sur les traces du peuple d'Israël. Bonne lecture!




Le peuple d’Israël : Trois jours au désert. Mara et Elim
430 ans d’esclavage au pays d’Egypte ! Puis un libérateur envoyé par Dieu car il avait entendu les gémissements de son peuple. Il va envoyer Moïse, assisté d’Aaron, au travers duquel l’Eternel va manifester sa grande puissance. La demande de Dieu communiquée à Pharaon via Moïse et Aaron, est que le peuple d’Israël puisse se rendre au désert trois jours pour célébrer l’Eternel. Or, la volonté de Dieu allait bien au-delà puisqu’il voulait libérer définitivement son peuple du joug égyptien ; mais Dieu est un fin stratège et il n’annonce pas la totalité de son plan à son ennemi. Pharaon refuse de laisser aller le peuple au désert. Peut-être a-t-il compris que s’il laisse partir le peuple durant trois jours, il ne le reverra sans doute jamais. S’ensuit les dix plaies d’Egypte et la libération finale. Le peuple a vu de grandes choses. Il est heureux, dans un premier temps du moins, mais voici que le peuple va affronter le désert durant trois jours seulement ! Ils ont souffert de la soif, c’est évident, mais après avoir vu la grande puissance de Dieu, avait-il le droit de douter ? Dieu n’avait-il pas démontré qu’il était le Tout-Puissant ? N’était-il pas digne de confiance ? Ce Dieu qui avait déployé tant de puissance pour les délivrer, allait-il les laisser tomber à présent ? N’en n’est-il pas de même avec nous ? Dieu a prouvé son amour envers nous en ce que lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. (Rom 5 :8) Jésus a donné sa vie pour chacun d’entre nous. Il a démontré sa puissance en triomphant de la mort. Nous avons pu expérimenter à de nombreuses reprises que Dieu est fidèle, qu’il exauce nos prières, et pourtant, quelquefois, trois jours dans le désert suffisent à ce que nous murmurions contre Dieu, croyant qu’il nous a abandonné. C’est ce que va faire le peuple d’Israël.
Après trois jours de marche, assoiffés, ils vont arriver près d’une source : « Enfin nous allons pouvoir nous désaltérer » pensent-ils certainement. Eh bien non ! Cette eau est imbuvable ! Elle est amère. Quiconque a connu la soif, peut s’imaginer ce qu’ont pu ressentir les juifs à ce moment précis : Une grande frustration. Cela est légitime d’ailleurs. Le problème réside plutôt dans la gestion psychologique et physique de cette frustration. Allons-nous rebeller ? Notre confiance va-t-elle défaillir ? Pourquoi nous avoir sauvé pour ensuite nous laisser périr ? Nous étions mieux où nous étions ! Nous avons pu, quelquefois, comme le peuple délivré de l’Egypte, supporter des années de souffrance. Et là, trois jours de désert, et la soif qui en est la conséquence, peuvent suffire à nous pousser à nous rebeller contre Dieu. Nous oublions de lui faire confiance. Encore faut-il qu’il soit digne de notre confiance. Peut-on lui faire confiance ? La réponse réside en partie dans ce verset : «  Ces choses leur sont arrivées pour servir d’exemples, et elles ont été écrites pour notre instruction » (1 cor 10 :11 à lire dans son contexte). Alors quelle instruction pouvons-nous tirer de cet épisode des trois jours dans le désert ? Que Dieu est digne de confiance car il avait prévu pour son peuple, tout de suite après Mara, d’arriver à Elim ! Dieu avait prévu Elim qui était une magnifique oasis où se trouvaient 12 sources d’eau (une pour chaque tribu d’Israël) ainsi que 70 palmiers pour qu’ils puissent se reposer à l’ombre du soleil brûlant ! Alléluia ! Considérons la bonté de Dieu. Il avait prévu l’épreuve du désert, mais aussi de quoi la supporter. Dieu n’est pas un tyran cruel. Il est notre Père qui nous aime et prend soin de nous. Alors ayons foi, car il est fidèle et digne de confiance. Son but est de nous affermir, et non de nous perdre.

Dès la semaine prochaine, nous approfondirons ce cheminement  en allant à de nouvelles découvertes. Bon temps de l'Avent à tous.

Père Serge M. AÏNADOU

De la Lectio Divina à l'oraison mentale/ ( 6ème Partie)






Le thème de notre étude sur la notion du désert spirituel se poursuit. Pour approcher de nouveau cette thématique dans le présent numéro, après Agar, nous allons cheminer avec Joseph et voir quelles leçons nous pouvons tirer de ses expériences du désert spirituel. Bonne lecture!
 

Joseph :
 Jeté dans une citerne  sans eau ! Il était en danger de mort. Ce sont ses propres frères qui ont voulu se débarrasser de lui. Pourtant il était élu de Dieu pour une mission particulière. Le Seigneur lui avait donné deux songes très précis, mais avant que ces songes s’accomplissent, il fallait que Joseph connaisse le désert. Il s’agissait donc ici de la providence de Dieu qui avait prévu pour Joseph d’entrer à l’université du désert car il avait besoin d’être formé à la dure école du désert. Mais quelle école ! Leçon pour nous : nos propres frères et sœurs, aussi bien selon la chair, qu’en Christ, peuvent vouloir se débarrasser de nous. Ils peuvent nous haïr. Pourtant, Dieu veille et peut utiliser ces situations désagréables pour nous former à son école. Notons qu’il s’agissait d’une citerne sans eau !
 



Heureusement pour lui. Il aurait peut-être pu se noyer, comme cela peut être le cas pour nous lorsque nous ne connaissons pas Dieu. Sa Parole peut nous être une occasion de chute. N’est-ce pas le cas des personnes qui ne connaissent pas encore Dieu. Pourtant, le Seigneur leur a peut-être déjà parlé, mais la Parole est pour eux une occasion de chute. Ils n’y voient que contradictions, sont scandalisés par ce qu’ils y lisent. Il fallait donc pour Joseph, qu’il ait d’abord soif, qu’il éprouve la soif du secours de Dieu dans la détresse de sa situation. Nous pouvons nous aussi connaître ce qu’a connu Joseph : haï par nos frères, jeté dans « une citerne sans eau ». Peut-être crierons-nous aussi ? Et Dieu nous entendra même si nous ne discernerons peut-être pas tout de suite la réponse de Dieu. Joseph va être vendu comme esclave, puis des années de souffrances vont suivre. Pourtant, Dieu est là, présent, manifestant sa fidélité envers Joseph malgré que ce dernier vive des moments difficiles. L’avenir manifestera pleinement que Dieu avait un plan parfait pour Joseph. Son désert va durer de très nombreuses années, mais quand on voit le résultat, nous pouvons nous émerveiller de la grâce de Dieu envers Joseph.

A partir de ces expériences du désert spirituel des personnages bibliques étudiés jusqu'ici, chacun, à travers ses expériences personnelles, pourra repérer  les déserts spirituels de sa vie, ceux par lesqels il fait l'expérience de ses limites existentielles et goûte aux délices de la rencontre apaisante de Dieu. Dans la prochaine publication nous irons sur les traces du peuple d'Israël.


Enseignement de la semaine

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